Le travail photographique* suivant montre que ce qui fait souvent la spécificité plastique et par conséquent visuelle de la « polarité » Orient et Occident passe souvent par des « stigmates », par des marqueurs visuels excessivemement simplistes et simplifiés (relayés en l'occurrence largement par la diffusion audiovisuelle et informationnelle). Par une stigmatisation de signes physiques codifiés, la polarité Orient/occident apparaît alors être fixée selon certaines normes visuelles, normes que tentent de décliner mes montages photographiques sous une forme satirique et via le thème de l'auto-portrait. Ces œuvres tentent de montrer alors à la fois la limite mais aussi le pouvoir de cette stigmatisation.
En outre, la question du corps dans son rapport au travestissement se trouve ici redoublée d'un élément satirique, ce qui est « voilé » apparaissant dans un sens résolument inverse à ce qui est donné comme dévoilement (voir par exemple le dyptique intitulé: « Chirurgie plastique/plastiquage ») Le désir occidental de changer d'apparence se trouve alors dans la photographie lié au dévoilement d'une intentionnallité elle-aussi liée au corps, jouant ainsi sur le double sens des termes (chirurgie, action réparatrice) « plastique » (occident) / plastiquage (Orient) (action destructrice), comme sur la schématisation vestimentaire (livrée) qui s'y trouve attachée.
Dans les œuvres comme « Chirurgie plastique/plastiquage (Solving and Dissolving I) ou « Going to One Place for Two Reasons » , ou même « Chanel Voilee » où j'ai voulu présentifier par la satire la volonté de transformation du corps comme mode opératoire des signifiants, transformation qui n'est pas fondamentalement, aussi étrange que cela paraîsse, différente chez le patient et chez le terroriste, au sens où toutes deux se trouvent liées à l'acte de l'identication et donc à rapport imaginaire. C'est la satire qui ici lui donne un caractère excessif, non la nature de leur rapport. Naturellement au départ il y a un jeu sur les signifiants. Mais ce jeu est gratuit précisément.
Cette série montre donc par quels marqueurs visuels passent à la fois cette force de séparation (polarité) mais aussi la limite conceptuelle de cette stigmatisation lorsqu ‘elle est comme ici envisagée sous l'angle de l'ironie et de la satire. Cette mise en scène dichotomique du corps humain par l'auto-portrait et l'auto-dérision permettant en quelque sorte de présentifier cette « mise en regard ».
La encore, comme dans le procédé du camouflage, il faut non seulement s'interroger sur la nature mais aussi sur le sens de rapport « voilé/dévoilé », la nature de ce rapport étant toujours faussé par définition.
L'Orient voile ce que l'Occident dévoile. Faux. Ce qu'il faut cacher ce n'est pas le corps, c'est le regard qui regarde le corps. Le corps n'a rien a voir avec l'action du Voilé, c'est le regard qui en manifeste est en quelque sorte la tension. Ce qu'il faut voiler c'est le regard. L'œil este visible, mais comme on sait l'œil n'est pas le regard.
Dans un soucis de clarté ces photo-montages sont présentés juxtaposés. Il ne faudrait pas voir dans le choix des juxtapositions un choix univoque. Ces photographies pourraient non seulement permuter aisément voir être disposées en continuité (en ligne, les unes à la suite des autres) sans que cela nuise aucunément à leur « sens ».
La question du corps selon la polarité Orient/Occident et selon l'action du « Voilé/Dévoilé »
Laurent La Gamba. Décembre 2003
* Il s'agit de la série des photo-montages de 2000-2001-2002, pour la plupart des auto-portraits.
Titres des œuvres concernées :
1) Chirgurgie plastique/plastiquage I (Solving and Dissolving I), 2002, photographies couleur, 75 x 150 cm
2) Chirgurgie plastique/plastiquage II (Solving and Dissolving II), 2002, photographies couleur, 75 x 150 cm
2) Going to One Place for Two Reasons , 2002, photographies couleur, 75 x 150 cm
3) Iraq versus USA , 2002, photographies couleur, 75 x 150 cm
4) Chanel Voilée , 2002, photographies couleur, 75 x 150 cm
5) Arab Race , 2002, photographies couleur, 75 x 150 cm |